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Annette Mbaye D’Erneville, première femme journaliste du Sénégal
Fa Diakhate Fadiga
vendredi 12 février, 2021 - 17:51

Notre rubrique femmes du Sénégal de cette semaine s’intéresse a la première femme journaliste du Sénégal

Portrait

Mère du cinéaste producteur Ousmane William MBAYE. Le premier journaliste sénégalais est une femme : Annette Mbaye d’Erneville de son vrai nom. Femme de radio, elle a aussi impulsé beaucoup de choses sur le plan des événements culturels comme les RECIDAK (Rencontres Cinématographiques de Dakar) ou des revues culturelles importantes.

Annette Mbaye d’Erneville née à SOKONE en 1926  est une poète et journaliste sénégalaise. Tout au long de sa carrière, Mbaye écrit des poèmes. Ses thèmes soulignent la souffrance, la révolte et l’amour qui appartiennent foncièrement à la femme et à l’Afrique. Ses vers parlent de trahison, de nostalgie, d’humanité, de solitude et de regrets ainsi que de certains aspects de la négritude. Ses poèmes se construisent autour d’images visuelles frappantes, aux cadences musicales appropriées. Sa poésie ne cesse d’explorer son amour pour l’humanité, les déboires des entreprises humaines et le pouvoir des femmes africaines.

Agé de 86 ans, Annette Mbaye d’Erneville a été tour à tour enseignante, poète, journaliste, directrice des programmes de Radio Sénégal. La fille de Sokone été notamment reporter pour le magazine français «Elle», fondé en 1945 par  Hélène Lazareff et Marcelle Auclair.

Elle connut une enfance et une jeunesse épanouies comme elle le raconte dans les colonnes du journal «Le Forum des poètes». «Jeunesse heureuse à Sokone ! Adolescence avec une éducation choisie et entourée d’affection à Saint-Louis ! Formation professionnelle et citoyenne à Rufisque». La voie était ainsi balisée pour être une femme forte de caractère doublée d’une grande féministe, quand bien même, elle ne s’accommode pas du mot.

Annette Mbaye qui dit avoir appris à lire le français à un âge avancé, a baigné dans la chaleur  saint-louisienne où elle a aussi appris aussi à parler un wolof correct. « A 9 ans, je ne parlais pas un seul mot de français. Donc mes tantes m’apprenaient à lire à la maison. C’est dans  ce milieu rural de Saint-Louis que j’ai appris à parler ce wolof-là ». Annette est la fille de Victor Hypo d’Erneville et de Marie-Pierre Turpin, tous deux issus d’anciennes familles métisses.

Après ses études primaires à l’Ecole St Joseph de Cluny à Saint-Louis du Sénégal, Annette Mbaye intègre l’Ecole normale de Rufisque, «sous l’influence avant-gardiste de Germaine Le Goff», sa mère spirituelle. Sortie de l’Ecole normale de Rufisque, Annette se rend en 1947 à Paris pour poursuivre ses études. Là-bàs, elle se frotte au milieu intellectuel des années 1950 et côtoie tous ceux qui bâtiront les indépendances des pays africains. Ancienne membre de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF), Annette Mbaye a côtoyé des intellectuels tels que Senghor,Montand, Signoret, Jean-Paul Sartre

En terre française, Mademoiselle d’Erneville découvre, stupéfaite, que les femmes blanches balaient aussi les rues, servent à boire dans les cafés. Elle rend également compte qu’il existe des Blancs qui ne sont pas racistes. Fascination normale étant donné qu’à l’époque de la colonisation, le Blanc était surestimé alors que le Noir, oppressé, entretenait des complexes d’infériorité. Dans ce foisonnement intellectuel de ces lointaines années, elle découvre «l’Afrique hors de l’Afrique».

La jeune étudiante termine ses études avec un diplôme de journaliste radio. Femme journaliste, ce fut une grande première dans l’histoire du Sénégal. Et en cela, Annette Mbaye avait ouvert la voie à ses sœurs. Après ses  études, pressentant l’imminence des indépendances, la jeune demoiselle prend le chemin du retour. Elle va donc rentrer au Sénégal en 1950 parce que se sentant concernée par le développement de son pays. Jeune journaliste, elle intègre ce qui est devenu aujourd’hui la RTS (radiotélévision sénégalaise). Quelques années après, Annette  innove dans le milieu de la presse. Elle  fonde,  en 1959, le premier magazine féminin du Sénégal, «Femmes de Soleil » qui sera plus tard rebaptisé «Awa» en 1963. Tata Annette a aussi collaboré à de nombreuses publications.  Malgré son éducation un peu «Vieille France», Tata Annette avait un attachement singulier pour  la terre de ses ancêtres et pour sa culture sérère. «J’aime bien Samba Diabaré Samb, j’aime bien Youssou Ndour, mais j’aime aussi Charles Aznavour, Yves Montand. Je ne peux pas dire que c’est une dualité. C’est une espèce de symbiose», dit-elle dans l’extrait du film «Mère-bi» que lui a consacré son fils William Mbaye d’Erneville

Elle fut militante de la première heure de la cause de l’émancipation des femmes de son pays. Féministe dans l’âme, elle refuse cependant ce mot qu’elle trouve quelque «peu ségrégationniste».

Femme de culture, Annette a écrit plusieurs livres pour enfants ainsi que des poèmes.

Mais quoique son nom soit toujours associé à la littérature et à la poésie, Annette ne se définit ni comme écrivain, ni comme poète stricto sensu, ni même intellectuel. Journaliste et institutrice oui. L’ex-protégée de Germaine Le Goff préfère s’accommoder de la vie ordinaire.

Petite de taille, cheveux blancs, teint métissé hérité de ses grands-parents, malgré son grand âge, cette brave femme continue de fonctionner quasiment comme 40 ou 60 ans plus tôt. «J’ai gardé le même rythme que lorsque je travaillais : réveillé tôt, lecture rapide de journaux, couchée tard avec cependant de larges plages de  relaxation -pas de sieste au lit-».

Très attachée à la culture, Annette Mbaye déplore la place très marginale qu’occupe ce secteur dans la presse sénégalaise. «Que ce soit dans l’audiovisuel ou dans la presse écrite, je trouve que la culture en général, et  littérature en particulier sont les parents pauvres des médias».

L’ancienne diplômée de l’Ecole normale des Batignolles de Paris ne comprend pas que la lecture ait atteint un tel niveau de décadence aujourd’hui. Pourtant, elle estime que  les livres dans les écoles devaient  avoir  la même valeur que les toilettes. Il est urgent que le ministère de l’Education rende obligatoire institution de bibliothèque dans les écoles-préscolaire, primaire, secondaire pour que les élèves lisent, suggère Annette.

Elle porte sereinement ses 86 ans, se déplace aisément dans sa concession. dans lequel elle est l’actrice principale. En tant que doyenne, Annette a également apporté de son expérience au CESTI où elle a enseigné pendant quelques temps. Annette n’est pas seulement  passionnée de littérature, mais elle adore aussi l’art et aime les beaux tableaux. Fondatrice du Musée de la Femme Henriette Bathily en 1994, elle en a été directrice et le PCA de cette institution basée sur l’île de Gorée. Premier musée féminin d’Afrique, il est « un lieu de regroupement pour des discussions restreintes et bien plus larges sur les questions féminines ». Journaliste, Tata Annette a longtemps utilisé les médias comme un outil pouvant contribuer à  sensibiliser l’opinion sur les problèmes des femmes.

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